Lundi 24 octobre 1 24 /10 /Oct 22:13

I. Généralités sur le pronom relatif

1 Définition

On appelle pronom un mot qui reprend  un nom. Cette définition est étymologique. Elle vient du latin pronomen qui est composé de « pro »  qui signifie « qui se met à la place de » et de « nomen » qui signifie « nom ».

En grammaire, on distingue plusieurs catégories de pronoms : les possessifs : mien, tien, sien ; les démonstratifs : ces, cet, ce ; les indéfinis : on, tout, certains ; les relatifs : qui, que, dont, etc.

La catégorie du pronom relatif est, de toutes les autres, la catégorie la plus complexe. Ceci est du au fait qu’il est :

¨                    un représentant

Par exemple dans  la phrase

« Bientôt se déclara la froideur que le vieillard répand autour de lui. »[1]

Dans cet exemple, le mot que est un pronom relatif. Il reprend le mot « froideur » qu’il représente. Ainsi il répond à sa définition étymologique, définition qui voudrait que le pronom soit « une sorte de relais qui se substitue au groupe du nom et permet d’en éviter la répétition. »[2]

¨                    un conjonctif.

Dans l’exemple que nous avons cité, le pronom  que  permet de relier la proposition  «le vieillard répand autour de lui» à la proposition «Bientôt se déclara la froideur».

C’est pourquoi C. Touratier dit que « Le pronom relatif amalgamerait deux morphèmes : le morphème de subordination et le morphème anaphorique.» [3]                                                                                   

Maurice Grevisse avait vu cette particularité quand il disait que « les pronoms relatifs, appelés aussi conjonctifs, servent à rapporter, à joindre à un nom ou à un pronom qu’ils représentent une proposition dite relative qui explique ou détermine ce nom ou pronom.»[4]

Ainsi le pronom relatif est un pronom particulier par le fait qu’il joue un double rôle puisqu’il est représentant au même titre que les autres pronoms et subordonnant au même titre que la conjonction de subordination.

2. Morphologie

On classe généralement les pronoms relatifs en deux catégories :

¨                    les pronoms de forme simple 

¨                    les pronoms de forme composée

2.1. Les formes simples

Les formes simples du pronom relatif sont quiquequoidont et . Il faut noter que les trois premiers sont des variantes du même pronom (qu-). Leur différence s’explique par la fonction que peut prendre le pronom dans la proposition.

En effet le pronom relatif est l’un des rares mots français à garder sa flexion en cas depuis le latin : qui (qu-i) est généralement sujet alors que que (qu-e) est complément d’objet direct, quoi est plutôt complément d’objet indirect du verbe le plus souvent. Les deux autres (Dont et Où) sont des pronoms différents. est plus un adverbe qu’un pronom. Il indique le lieu.

C’est en ce sens que Tesnière dit que « le pronom relatif est un mot variable : Fr. qui, que, quoi, dont, lequel, laquelle, lesquels ; lat. qui, quae, quod. »[5]

Les pronoms de forme simple ne varient ni en genre ni en nombre. Ils ne varient donc qu’en cas. Cependant même s’ils sont invariables en  genre et en nombre, ils n’en transmettent pas moins et le genre et le nombre et la personne de leur antécédent.

Par exemple : on dit normalement :

- C’est moi qui suis contente de vous revoir, dit-elle  et non :

- *C’est moi qui suis content de vous revoir, dit-elle parce que le locuteur est ici une femme, laquelle est reprise par « moi » alors antécédent de qui (ce « moi » est la première personne du singulier et il est au genre féminin).

Grevisse note à cet effet que « le pronom relatif est toujours du même genre, du même nombre et de la même personne que son antécédent.»[6]

Exemple.

 « La question me paraît d’une grande importance, surtout présentée par vous, Khady, qui comptez parmi mes vielles connaissances dans ce pays.»[7]

 Et il poursuit en disant que « cette observation est importante : il est indispensable, en effet, de se rendre compte de l’identité de genre, de nombre, de personne, qu’il ya entre le relatif et son antécédent pour s’expliquer l’accord de l’attribut, du verbe, du participe passé, dans la proposition relative, quand le pronom relatif y remplit la fonction de sujet ou de complément direct.»[8]

Exemple :

 « Elle ne s’en inquiète pas plus que le dandy ne se soucie le soir des fleurs qu’il a mises à sa  boutonnière.»[9]

2.2. Les formes composées

Elles sont formées à partir de l’adjectif quel  auquel on adjoint les différentes formes de l’article défini. Ces formes sont devenues maintenant « univerbées » ; le + quel = le quel qui est devenu lequel.

II. Syntaxe du pronom Dont

1. Dont en grammaire scolaire et traditionnelle

Dont est étymologiquement adverbe. Il provient du latin de unde qui signifie « d’où ». D’ailleurs Grevisse dit qu’il « marquait primitivement l’origine, le lieu de départ ».[10]

Ainsi dont n’est pas à l’origine un pronom relatif comme les pronoms dits essentiellement relatifs. Cependant aujourd’hui il est devenu un véritable relatif. Il s’applique aussi bien à des personnes qu’à des choses et n’est jamais précédé d’une préposition.

Il remplit ainsi  les deux caractéristiques du pronom relatif : il est anaphorique et conjonctif.

D’ailleurs  Georges et Robert Le Bidois parlent du pronom dont sous le nom de conjonctif et nom de relatif.[11]

Ce qu’on peut dire c’est que dont est bien un relatif : relatif du latin relativus, de relativum, supin de referre qui signifie rapporter ; et un conjonctif : conjonctif du latin conjunctivus, de conjunctus participe passé  de conjungere qui signifie joindre ensemble.

Dont est toujours anaphorique : il ne peut s’employer sans antécédent. Il remplace un complément du nom (nous dirons pour plus de précision tout complément animé ou inanimé précédé de la préposition de).

Donc sa fonction ne peut être que complément prépositionnel. Il exprime par ailleurs la possession, la manière, la matière, la cause, etc.

¨                   Dont complément du nom

Dont est le plus souvent complément du nom et reprend un groupe prépositionnel (SP=  de + nom).

Exemples :

 « Pons cachait à tous les regards une collection de chefs-d’œuvre en tout genre dont le catalogue atteignait au fabuleux numéro 1907. » (Balzac, Le cousin Pons, p. 20) ;

« C’est mon domestique Yvan dont voici le passeport. »[12] ;

 « Dieu dont nous admirons les œuvres. ».[13]

Dans le cas du complément du nom, dont peut exprimer la possession comme dans les deux exemples ci-haut cités : le passeport d’Yvan (son passeport), les œuvres de Dieu (ses œuvres).

¨                  Dont complément du pronom

En tant que pronom relatif, dont peut assumer aussi la fonction de complément du pronom (le pronom renvoie aussi au nom).

Exemple :

    Il parle d’une chose dont il ignore tout (Il ignore tout de cette chose, tout étant un pronom indéfini).

¨                  Dont complément d’agent

Le complément d’agent est un complément prépositionnel ; aussi, il peut être rendu par dont.

 Exemple :

« C’était des doléances de loge en loge, qui peuvent donner une idée de la jalousie dont sont dévorées les professions infimes à  Paris. » (Balzac, Le cousin Pons, p. 62)

¨                  Dont complément de l’adjectif

En tant qu’anaphorique du groupe prépositionnel, il peut être complément de l’adjectif.

Exemple :

« C’est un succès dont il est fier. »[14]

¨                  Dont complément indirect

Exemple :

« Avec le temps, Schmucke finit par comprendre Pons, car il était trop Allemand pour avoir la rapidité d’observation dont jouissent les français… » (Balzac, Le cousin Pons,  p. 31)

¨                  Dont complément circonstanciel

Dont assume aussi la fonction de complément circonstanciel parce que nous avons dit plus haut que dont peut exprimer la manière, la matière, la cause, le lieu, etc.

 La manière.

Exemple :

« Quoique cruellement affecté de la manière dont s’y prenait la présidente pour lui reprocher son indigence, il était encore plus effrayé par la perspective de se trouver seul avec les domestiques. » (Balzac, Le cousin Pons, p. 57)

 La matière.

 Exemple :

« L’âme de Margueritte est taillée dans cette étoffe admirable dont Dieu fait proprement ses martyrs. »[15]

 La cause.

Exemple :

La maladie dont il est mort est contagieuse.

 Le moyen.

Exemple :

« Dans les entr’actes, quand il assistait à une représentation, le bon vieux allemand se hasardait à regarder la salle et questionnait parfois la première flute, un jeune homme né à Strasbourg d’une famille allemande de Kehl, sur les personnages excentriques dont sont presque toujours garnies  les Avant-scènes. » (Balzac, Le cousin Pons, p. 36)

Cependant pour certains grammairiens, dont n’est  plus employé pour exprimer le complément circonstanciel de moyen[16]. C’est pourquoi, à chaque fois que nous devrons reprendre ce complément, nous utiliserons non pas dont mais  avec lequel.

Par ailleurs, notons que dont est facilement remplaçable par de qui, par lequel, avec lequel, duquel, de quoi, à cause duquel, etc.

Le pronom dont sert aussi, quand il n’a pas d’antécédent, à prélever une quantité sur le nombre indiqué.

Exemple :

L’accident a tué quatre hommes dont deux militaires.

Ce procédé apparaît aussi dans La Syntaxe du français de Georges et Robert Le Bidois.

Exemple :

« … 27 membres, auxquels furent adjoints bientôt sept autres, dont Balzac, Voiture et Vaugelas. »[17]

Il arrive que les formes duquel, de qui… apparaissent à la place de dont comme c’est le cas dans cet exemple tiré de Le cousin Pons de Balzac.

Exemple :

« Voilà où peut nous mener une mauvaise  femme de qui l’on n’hérite pas, et un fils élevé à la française. » (Balzac, Le cousin Pons, p. 79)

Dans d’autres cas, c’est l’usage du pronom dont  à la place de ces formes qui est fautif. C’est en général quand le pronom relatif doit être précédé d’une préposition autre que « de ».

Exemple :

*Il comptait seize de ces chefs-d’œuvre dont les amateurs sont aujourd’hui à la recherche.

Cette phrase est agrammaticale. Il faudra dire :

« Il comptait seize de ces chefs-d’œuvre à la recherche desquels voyagent aujourd’hui les amateurs. » (Balzac, Le cousin Pons,  p. 103)

« Dont ne peut jamais dépendre d’un complément indirect ou circonstanciel » dira Grevisse. Dans ces cas il faut employer les formes « de qui » ou « lequel » pour représenter les humains.[18]

En outre dont ne peut être utilisé pour poser des questions. On dira :

 D’où vient-il ? Et non   *Dont vient-il ?

Un autre fait est aussi est à noter. Dont ne peut jamais apparaitre en même temps que le nom auquel il se rapporte (même sous la forme pronominale) dans la même proposition.

Exemple :

  « *Un problème dont Paul avait la certitude de le résoudre rapidement. »[19]

Il faut dire plutôt :

 Un problème dont Paul avait la certitude qu’il pouvait le résoudre rapidement.

2. Approche générative

2.1 Éléments de syntaxe structurale de Noam Chomsky

2.1.1. Notions de structure profonde et de structure de surface

Le model génératif développé par Chomsky est une synthèse de la grammaire traditionnelle et de la grammaire structurale. A l’une il a emprunté l’approche analytique et à l’autre les constituants. Il part du principe que chaque énoncé est constitué des éléments qui fondent sa structure.

Pour les tenants de la grammaire générative et transformationnelle, la description linguistique doit se faire à deux niveaux.

 Le niveau de la structure de surface qui correspond à la phrase  effectivement réalisée ;

 Le niveau de la structure profonde qui tente de déterminer le niveau syntaxique. Elle hiérarchise les différents éléments qui constituent la phrase.

C’est pourquoi Nicolas Ruwet dit que «  la syntaxe générative (…) représente la structure d’une phrase sous la forme d’un ensemble d’indicateurs syntagmatiques, à savoir un ensemble d’indicateurs sous-jacents, engendrés par les règles syntagmatiques (et par les règles de substitution qui introduisent des items lexicaux), d’une part, et un ensemble d’indicateurs syntagmatiques dérivés, engendrés par les transformations, d’autre part. »[20]

Soit la phrase : Les chauds rayons de la cuisine se projettent sur les traits qui durcissent. (Balzac, Le cousin Pons,  p. 60), nous avons  quatre sous-phrases :

®                    Les rayons sont chauds ;

®                    Ces rayons viennent de la cuisine ;

®                    Ces rayons se projettent sur les traits ;

®                    Ces traits durcissent.

Ces quatre sous-phrases constituent donc la structure profonde de la phrase : Les chauds rayons de la cuisine se projettent sur les traits qui durcissent.

2.1.2. Présentation de l’analyse

La phrase en structure profonde  (SP) est représentée par . Elle est formée de deux éléments constants appelés constituants immédiats : C (constituants) et P (le noyau c’est-à-dire les éléments propositionnels tels que SN, SV et SP).

Ainsi = C + P

III. Les formulations fautives

1. Les formulations fautives in absentia

¨                              Le relatif « dont »

Ce relatif est le plus mal employé. Ces manquements sont surtout dus au fait que c’est un pronom qui occupe différentes fonctions du groupe prépositionnel. Cette mauvaise utilisation de « dont » se remarque dans deux cas : soit il n’apparait pas là où il devait l’être, il est suppléé par un autre pronom, soit il apparaît dans une position qui n’est pas la sienne.

Pour l’exemple cité ci-dessous, « dont » est employé en même temps que le possessif de son antécédent. Il faut noter que ce phénomène a été signalé comme fautif par Grevisse et Godard (cf. première partie).

D’ailleurs, Godard note à cet effet que « le principe de non-redondance [obéit au fait qu’] une catégoriex ne peut contenir qu’une seule occurrence d’une fonction donnée. »[21]

Exemple :

« Et ce dernier a bradé des cantines à certains commerçants dont leurs (sic) noms ne figurent sur aucune liste.»[22]

Pour aller plus vite, disons seulement que « dont » ne peut coexister avec le possessif de son antécédent car « dont » est lui-même un pronom.

Dès lors la bonne formulation serait :

 Et ce dernier a bradé des cantines à certains commerçants dont les noms ne figurent sur aucune liste. 

 « Dont » est remplacé par un autre pronom de forme simple.

En effet « dont » ne peut être remplacé que par un relatif de forme composée (même cela dans des conditions bien précises) et la forme « de qui ».

Le relatif « que » est généralement COD et « dont » complément prépositionnel. Ce qui veut dire que les fonctions assumées par les deux propositions ne sont pas les mêmes donc il est impossible de remplacer l’une par l’autre.

Exemple :

« « Vu l’intérêt des micro finances que bénéficient (sic) les couches les plus défavorisées, le Crédit Mutuel du Sénégal nous prélève un taux d’intérêt exorbitant de 18%, » déplorent les enseignants qui sollicitent le soutien du gouvernement.»[23]

Comme nous l’avons dit plus haut, certains verbes sont  susceptibles de régir deux types de complément : le complément d’objet direct et le complément d’objet indirect. Parmi ces derniers se trouve le verbe s’ennuyer, parler... D’autres, par contre, s’emploient exclusivement avec la préposition de comme bénéficier, douter… entrainant ainsi l’apparition du complément prépositionnel rendu par « dont ». Cela est d’autant plus vrai que ce complément peut devenir en après pronominalisation en.

Exemple : j’ai bénéficié d’un projet j’en ai bénéficié.

Ainsi l’exemple corrigé devient :

 « Vu l’intérêt des micros finances dont bénéficient les couches les plus défavorisées, le Crédit Mutuel du Sénégal nous prélève un taux d’intérêt exorbitant de 18% », déplorent les enseignants qui sollicitent le soutien du gouvernement.».

Nous avons la même faute dans ce passage :

Exemple :

« C’est dans ces entrefaites que le plaignant aurait remis au mis en cause une somme de 1,7 millions francs Cfa pour l’achat d’une voiture qu’il n’est même pas sûr de l’existence.».[24]

Si nous  corrigeons la faute, la phrase devient :

 C’est dans ces entrefaites que le plaignant aurait remis au mis en cause une somme de 1,7 millions francs Cfa pour l’achat d’une voiture dont il n’est même pas sûr de l’existence.

Ici aussi il faut noter le fait cette formulation peut apparaitre de la manière suivante : C’est dans ces entrefaite que le plaignant aurait remis au remis en cause une somme de 1,7 millions f Cfa pour l’achat d’une voiture de l’existence de laquelle  il n’est même pas sûr[25].

2. Les formulations fautives in praesentia

.  Le relatif « dont »

 « Dont » est séparé de son antécédent par un point.

Exemple :

« Il s’agit de Massamba FALL, la même personne qui, en novembre 2008, s’en était pris à 6 véhicules de l’Anoci. Dont il avait également fracassé les pare-brises. »[26]

La suppression du point donnerait :

Il s’agit de Massamba FALL, la même personne qui, en novembre 2008, s’en était pris à 6 véhicules de l’Anoci dont il avait également fracassé les pare-brises. 

Même chose dans

« En plus d’une grande explosion du nombre d’autorisations d’exercer délivrées qui est passé de 724  en 2003 à 889 à fin 2007. Dont 501 Mutuelles d’épargne et de crédit (Mec), 377 Groupements d’épargne et de crédit (Gec) sans personnalité juridique, 6 stagiaires de conventions cadres et 12 réseaux ou unions. »[27]

La correction donne ceci :

En plus d’une grande explosion du nombre d’autorisations d’exercer délivrées qui est passé de 724  en 2003 à889 à fin 2007 dont 501 Mutuelles d’épargne et de crédit (Mec), 377 Groupements d’épargne et de crédit (Gec) sans personnalité juridique, 6 stagiaires de conventions cadres et 12 réseaux ou unions.

 « Dont » est mis pour un verbe

Exemple :

« Lui et ses camarades dont savoir que c’est le même gouverneur et le préfet qui ont mis le feu aux poudres à Kédougou en coupant tous les canaux de communication avec les populations. »[28]

Il se peut que ce soit une faute de frappe. On a dû confondre « dont » et « doivent » peut-être parce que les deux mots commencent par la même consonne « d » mais tout le reste est différent.

Il semble, en effet, que « dont » est mis pour « doivent » car si l’on rétablit ce verbe, la phrase reprend tout son sens :

 Lui et ses camarades doivent savoir que c’est le même gouverneur et le préfet qui ont mis le feu aux poudres à Kédougou en coupant tous les canaux de communication avec les populations. 

 « Dont » mis à la place de « auxquels ».

Exemple :

« La coalition SOPI 2009 a mis en place un projet de société qui, selon Babacar Ndoye, tète de liste proportionnelle, et ses alliés, va permettre de résoudre beaucoup de problèmes dont leur communauté rurale est confrontée. »[29]

Dans cette phrase « dont » assume la fonction de complément d’objet indirect, fonction  qu’aurait dû assumer normalement « auxquels » car on dit normalement être confronté à quelque chose et non être confronté de quelque chose à moins qu’il ne s’agisse d’un complément d’objet direct confronter deux ou plusieurs choses. Nous voyons qu’est reposé ici la difficulté à saisir le type de préposition qui doit suivre le verbe pour utiliser « dont ».

Normalement on devrait dire :

La coalition SOPI 2009 a mis en place un projet de société qui, selon Babacar Ndoye, tête de liste proportionnelle, et ses alliés, va permettre de résoudre beaucoup de problèmes auxquels leur communauté rurale est confrontée. 

 « Dont » employé à la place de « duquel ».

Exemple :

« Comment un monument dont on n’a pas encore fini de s’interroger sur la pertinence et de s’offusquer de son montage financier, puisse servir à la réalisation de rêves d’une dynastie. »[30]

Ce genre de faute est très fréquent et beaucoup de journalistes tombent dans le piège.

En effet Jean Dubois et René Lagane disent dans La nouvelle grammaire du français  que « On ne peut employer dont pour représenter un antécédent complément du nom que si ce nom n’est pas précédé d’une préposition.»[31]

Dans cet exemple, on a en effet un complément du nom : s’interroger sur la pertinence du monument et le nom est précédé d’une préposition. Voila pourquoi l’utilisation de « dont » est fautive. Nous avions dit que « dont » peut être remplacé par des relatifs de forme composée  dans certaines conditions. Eh bien en voici une.

On doit donc dire :

Comment un monument sur la pertinence duquel on n’a pas encore fini de s’interroger et de s’offusquer de son montage financier, puisse servir à la réalisation de rêves d’une dynastie ? 

 « Dont » est  maladroitement utilisé pour exprimer l’extraction.

Exemple :

« Si l’on fait le compte, il en est, à trente ans, à son sixième enfant, dont les cinq ne sont pas, tenez-vous bien, de la même mère. »[32]

Ici « dont » permet d’extraire  cinq de « sixième », or « sixième » est une seule unité. Dans sixième il n’y a qu’un seul enfant. Dès lors comment pourrait-on extraire cinq individus d’un groupe formé d’un seul individu. Les cinq devaient être extraits des six et non de sixième. Il s’agit de deux mots différents, l’un adjectif numéral cardinal (six) alors que l’autre est adjectif numéral ordinal (sixième). C’est pourquoi nous  obtenons une phrase corrigée qui est :

 Si l’on fait le compte, il en est, à trente ans, à ses six enfants, dont les cinq ne sont pas, tenez-vous bien, de la même mère. 

On peut, en outre, citer un exemple qui confirme que cet emploi est fautif.

Exemple :

« …ce fils de menuisier, aîné d’une fratrie de cinq enfants dont une fille, trouve de vagues correspondances sociohistoriques… »[33]

Ici « dont » permet d’extraire « une fille » des « cinq enfants » du menuisier.

 « Dont » employé à la place de « que »

Exemple :

« Selon lui, cette opinion pour laquelle ses « frères » et lui demandent l’engagement des populations et d’autres électeurs se justifie « par un bilan positif, fait de réalisation effectives sur le terrain à l’actif de l’équipe sortante et dont nous assumons intégralement. ».[34]

Nous avons évoqué plus haut les raisons pour lesquelles « dont » ne peut tenir la place de « que ». Ici le mot « bilan » est complément d’objet direct de « assumons ».

Ainsi nous avons une phrase qui aura plutôt cette structure :

Selon lui, cette opinion pour laquelle ses « frères » et lui demandent l’engagement des populations et d’autres électeurs se justifie « par un bilan positif, fait de réalisation effectives sur le terrain à l’actif de l’équipe sortante et que nous assumons intégralement. 

 « Dont »  employé avec une préposition autre que celle qui est normale.

Exemple :

« C’est également le cas de l’Egypte, double championne d’Afrique en titre et dernière du Groupe C avec un point, dont la réception du Rwanda (3ème) a été renvoyée au mois de juillet pour cause de participation des Pharaons à la coupe des confédérations. »[35]

On dirait ici dans les normes : être reçu par et non être reçu de. On peut toutefois avoir « recevoir quelque chose de quelqu’un ». Ce qui n’a pas le même sens que celui exprimé dans l’exemple. On a en effet un complément du nom suivi d’un complément d’agent : la réception de l’Egypte par le Rwanda. C’est ce qui explique la difficulté à laquelle nous sommes confrontés. D’après la formulation de l’auteur, nous avons la réception de l’Egypte du Rwanda. Ce qui est totalement ambigu. Puisqu’on ne peut pas utiliser deux pronoms « dont » reprenant à la fois le complément du nom et le complément d’agent, on utilise « dont » pour le premier et le deuxième ne sera pas pronominalisé.

On peut supposer ici deux faits :

-l’Egypte est reçue au Rwanda.

-l’Egypte est reçue par le Rwanda.

C’est également le cas de l’Egypte, double championne d’Afrique en titre et dernière du Groupe C avec un point, dont la réception par le Rwanda (3ème) a été renvoyée au mois de juillet pour cause de participation des Pharaons à la coupe des confédérations. 

 

 « Dont » à la place de « où »

« Dont » peut exprimer le lieu s’il est remplaçable par « d’où ». Ici le lieu représenté ne désigne pas la provenance donc l’utilisation de « dont » est incorrecte :

Exemple :

« Tant au niveau international que pour ce qui concerne le Sénégal dont le cas du jeune lutteur Balla Gaye 2 sert de motif à notre sujet. »[36]

La forme normale est :

Tant au niveau international que pour ce qui concerne le Sénégal où le cas du jeune lutteur Balla Gaye 2 sert de motif à notre sujet.

 « Dont » est mis à la place de « lequel ».

Exemple :

« « Dans un premier temps, il m’a donné une potion avec dont je me suis enduit le corps » »[37]

« Dont » relève en effet de la relativisation d’un SP qui s’écrit en P + SN (de + SN). Dans cette phrase, « dont » remplace un SP qui s’écrit en P + SN (avec + SN). Ce qui est impossible. Par ailleurs nous avions dit aussi que « dont » ne peut jamais être suivi d’une préposition.

Le relatif  « lequel » ou « quoi » doit être ici employé. Il traduit ici un complément circonstanciel de moyen.

Ainsi on a :

Dans un premier temps, il m’a donné une potion avec laquelle je me suis enduit le corps.

Ou bien

 Dans un premier temps, il m’a donné une potion avec quoi je me suis enduit le corps.

Ismaïla Diallo

 


1 Honoré de BALZAC, Le cousin Pons, Parsis, Bookking International, 1993,  p. 24

2Jean DUBOIS & René LAGANE, La nouvelle grammaire du français, Paris, Larousse, 2004, p. 79

3 Christian TOURATIER, La relative ; Essai de théorie syntaxique, Paris, C. Klincksieck, 1980, p. 75

1 Maurice GREVISSE, Le bon usage, Gembloux, Duculot, 1936,  p. 288

[5] Lucien TESNIERE, Éléments de syntaxe structurale, Paris, C. Klincksieck, 1959,  p. 560

[6] Maurice GREVISSE, Le bon usage, Gembloux, Duculot, 1936, p. 290

3Abdoulaye SADJI, Nini mulâtresse du Sénégal, Paris/Dakar, Présence africaine,  1988,  p. 119

[8] Maurice GREVISSE, op. cit, p. 290

4 Honoré de BALZAC, Le cousin Pons, Parsis, Bookking International, 1993,  p. 17

2  Maurice GREVISSE, Le bon usage, Gembloux, Duculot, 1936,  p. 296

1  Georges LE BIDOIS et Robert LE BIDOIS, Syntaxe du français. Tome II, Paris, Editions August Picard,  1938,  p. 392

2 Georges LE BIDOIS et Robert LE BIDOIS, Syntaxe du français. Tome II, Paris, Editions August Picard, 1938,  p. 392

 3   Maurice GREVISSE : idem, p. 296

 

[14] Jean DUBOIS & René LAGANE, La nouvelle grammaire du français, Paris, Larousse, 2004, p. 98

[15] André GIDE, Les caves du Vatican, Paris, Gallimard, 1922, p. 28

2  Maurice GREVISSE, Le bon usage, Gembloux, Duculot, 1936, p. 296

2  Georges LE BIDOIS et Robert LE BIDOIS, Syntaxe du français. Tome II, Paris, Editions August Picard, 1938,  p. 392

1 Maurice GREVISSE, Le bon usage, Gembloux, Duculot, 1936,  p. 297

2 Daniel GODARD, Syntaxe des relatives en français, Éditions du Centre National de la Recherche Scientifique, 1992,  p. 65

*Nous utiliserons ce signe pour montrer qu’une construction est agrammaticale.

[20] Nicolas RUWET, Introduction à la grammaire générative, Paris, Plon, 1973,  p. 320

[21] Syntaxe des relatives, Paris, Edition du centre national de la recherche scientifique, 1992,  p. 27

[22] 24 Heures chrono n°230 du mardi 14 juillet 2009,  p. 03

[23] L’Observateur n° 1740 mardi 14 juillet 2009,  p. 07

[24] L’Observateur n°1682 du mardi 05 mai 2009,  p. 07

[25] Nous pouvons nous référer à Michel Délabre[25] pour les différents emplois de « dont » en français contemporain.

[26] L’Observateur n°1740 du mardi 14 juillet 2009,  p. 03

[27] La Gazette n°08 du 07 au 14 mai 2009,  p. 12

[28] L’Observateur n°1710 du mardi 09 juin 2009,  p. 06

[29] Le Quotidien n°1856 du jeudi 09 mars 2009,  p. 06

[30] L’Observateur n°1757 du lundi 03 août 2009,  p. 10

[31] La nouvelle grammaire du français, Paris, Larousse, 2004,  p. 98

[32] L’Observateur n°1740 du mardi 14 juillet 2009,  p. 02, Rubrique Index

[33] La Gazette n°08 du 07 au 14 mai 2009,  p. 26

[34] Le Quotidien n°1854 du mardi 17 mars 2009,  p.  05

[35] Le Quotidien n°1931 du samedi 20 juin 2009,  p.  15

[36] THIOF n°81 du moi d’avril 2009,  p. 26

[37] Le Quotidien n°1927 du mardi 16 juin 2009,  p. 03

 

Par M. Diallo
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  • M. Diallo
  • Le blog de Ismaila Diallo
  • Professeur de Lettres modernes
  • Diplômé de la FASTEF ex École Normale Supérieure. Maitrise ès Lettres modernes. Licence ès Lettres modernes. Certificat de spécialisation en grammaire classique et modernes.
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